
Une ancienne fleuriste poursuit son combat suite au décès de sa fille dû aux pesticides
Une mère endeuillée, Laure Marivain, mène un combat acharné contre l'industrie horticole après le décès de sa fille, Emmy, des suites d'une leucémie. Son objectif est de révéler la présence alarmante de pesticides dans les fleurs et les plantes coupées, ainsi que le silence entourant leur nocivité. Cette affaire met en lumière les risques sanitaires encourus par les professionnels du secteur floral et leurs familles, soulevant des questions cruciales sur la réglementation et la protection des travailleurs.
Le drame familial de Laure Marivain a débuté par le décès de sa fille Emmy, le 12 mars 2022, à l'âge de 11 ans, des suites d'une leucémie. Quelques instants avant de partir, Emmy a fait promettre à sa mère de révéler la vérité sur les dangers qui l'ont empoisonnée. Dès lors, Laure, une ancienne fleuriste, a entrepris des démarches auprès de Phyto-Victimes, une association d'aide aux professionnels affectés par les pesticides. L'association l'a encouragée à saisir le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) afin d'établir un lien officiel entre son exposition prénatale aux produits phytosanitaires et la maladie de sa fille. Le dossier a été déposé en février 2022, un mois seulement avant le décès d'Emmy.
En 2023, le FIVP a confirmé le lien de causalité entre la profession de fleuriste de Laure et le décès d'Emmy, une reconnaissance unanime des experts. Cette nouvelle a provoqué un choc chez Laure, confrontée à une culpabilité immense. Elle a exprimé sa colère face à ce qu'elle considère comme un « empoisonnement », soulignant l'inaction du système. Le 9 octobre, l'affaire a été portée devant la Cour d'appel de Rennes, où Laure Marivain a dénoncé un acte « odieux et criminel » résultant d'un système défaillant. Le FIVP a proposé une indemnisation de 25 000 euros à chaque parent, mais le couple a contesté cette somme, exigeant plus d'un million d'euros pour le préjudice subi. Le verdict est attendu le 4 décembre.
L'expérience professionnelle de Laure Marivain en tant que représentante florale de 2008 à 2011 l'exposait quotidiennement à des fleurs et des plantes traitées. Avant cela, elle avait travaillé quatre ans en boutique. Sa grossesse, fin 2009, a été marquée par des complications, son poids et celui de son fœtus étant faibles. À la naissance, Emmy présentait des signes inquiétants, son placenta étant décrit comme « carbonisé ». Les examens médicaux n'ont révélé aucune cause apparente, mais les soupçons se sont portés sur l'environnement de travail de Laure.
L'affaire Emmy Marivain est d'une importance capitale, car elle représente le premier cas où le FIVP reconnaît le décès d'un enfant lié aux pesticides, ainsi que le premier cas concernant un professionnel de la fleur. Bien que les substances exactes responsables de la leucémie lymphoblastique aiguë B d'Emmy restent inconnues, l'avocat François Lafforgue a souligné l'absence de réglementation stricte sur les résidus de pesticides dans les fleurs, contrairement à l'alimentation. Une étude belge de 2019 a révélé la présence de 70 résidus de pesticides, y compris des substances interdites en Europe, dans l'urine des fleuristes testés. Le Dr Bruno Schiffers, qui a dirigé l'étude, a confirmé que les pesticides pénètrent la peau et représentent un risque accru pour les fleuristes par rapport aux agriculteurs, en raison de l'exposition constante à un mélange de substances très concentrées, souvent sans équipement de protection. Laure Marivain aspire à mettre fin à ce « tabou » et souhaite protéger les artisans du secteur, tout en espérant que cette affaire conduise à une évolution de la réglementation pour la santé publique.
L'affaire de la famille Marivain illustre de manière poignante les conséquences dévastatrices de l'exposition aux pesticides sur la santé humaine, en particulier dans un secteur tel que la floriculture, souvent perçu comme inoffensif. Cette bataille juridique, au-delà de la quête de justice pour Emmy, vise à sensibiliser le public et les professionnels aux risques méconnus, et à inciter à une réglementation plus stricte pour garantir un environnement de travail plus sûr et des produits floraux moins dangereux.
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